De l'amour

Saint Silouane l'athonite

Aucun homme ne peut connaître par lui-même ce qu’est l’amour divin si le Saint-Esprit ne l’instruit pas ; mais dans notre Église, l’amour divin est connu par le Saint-Esprit, et c’est pourquoi nous en parlons.

L’âme pécheresse qui ne connaît pas le Seigneur redoute la mort et pense que le Seigneur ne lui pardonnera pas ses péchés. Il en est ainsi, parce que l’âme ne connaît pas le Seigneur et ne sait pas combien Il nous aime. Mais si les hommes le savaient personne ne tomberait dans le désespoir, parce que le Seigneur non seulement donne le pardon, mais encore se réjouit de la conversion du pécheur. Même à l’approche de la mort, crois fermement que dès que tu le demanderas, tu obtiendras le pardon.

Le Seigneur n’est pas comme nous. Il est extrêmement doux, miséricordieux et bon ; et quand l’âme Le connaîtra, elle sera dans un émerveillement sans fin et dira : « Quel Seigneur nous avons !»
 Le Seigneur nous aime, et Il nous accueille avec tendresse, sans nous faire de reproches, tout comme, dans l’Évangile, le père de l’enfant prodigue ne lui fit pas de reproches, mais ordonna de lui donner un nouveau vêtement, de lui mettre au doigt un anneau précieux et des chaussures aux pieds. Il ordonna d’égorger le veau gras et de se réjouir, et il ne lui fit pas le moindre reproche.

Oh ! avec quelle douceur et quelle patience devons-nous, nous aussi, reprendre notre frère pour que notre âme soit en fête à cause de son retour !

Ô frères, oublions la terre et tout ce qui s’y trouve. Elle nous détourne de la contemplation de la Sainte Trinité, insaisissable pour notre intelligence, mais que les Saints, au Ciel, voient par le Saint-Esprit.

Quant à nous, persévérons dans la prière, sans aucune imagination, et demandons au Seigneur un esprit humble. Le Seigneur nous aimera et nous donnera sur terre tout ce qui est utile pour l’âme et pour le corps.

Seigneur, donne ta grâce à tous les peuples de la terre pour qu’ils Te connaissent ; car, privé de ton Esprit Saint, l’homme ne peut Te connaître ni comprendre ton amour.
Petits enfants, connaissez le Créateur du Ciel et de la terre.

Seigneur, envoie ta miséricorde sur les enfants de la terre. Tu les aimes ; donne-leur de Te connaître par le Saint-Esprit. Je Te le demande avec des larmes : écoute ma prière en faveur de tes enfants, et donne-leur à tous de connaître ta Gloire par le Saint Esprit. 
[….]

Lamentez-vous avec moi, oiseaux et animaux sauvages. Pleurez avec moi, forêts et déserts. Pleure avec moi, toute la création de Dieu et console-moi dans ma peine et ma tristesse.

Voici ce que pense mon âme : si moi, qui aime si peu mon Dieu, j’ai une si forte nostalgie du Seigneur, quelle devait être l’affliction de la Mère de Dieu lorsqu’elle resta sur la terre après l’Ascension du Seigneur.

Elle ne nous a pas confié par écrit l’affliction de son âme, et ce que nous savons de sa vie terrestre n’est que peu de chose ; mais il faut admettre que nous ne pouvons saisir la plénitude de son amour pour son Fils et son Dieu.

Le cœur de la Mère de Dieu, toutes ses pensées et toute son âme étaient occupés du Seigneur ; mais il lui fut donné quelque chose d’autre encore : elle aimait les hommes et priait ardemment pour eux, pour les nouveaux chrétiens, demandant que le Seigneur les fortifie ; elle priait pour le monde entier afin que tous les hommes soient sauvés. Cette prière était sa joie et sa consolation sur la terre.

Nous ne comprenons pas dans sa plénitude l’amour de la Mère de Dieu, mais nous savons que :

Plus grand est l’amour, plus grandes sont les souffrances de l’âme.

Plus complet est l’amour, plus complète est la connaissance.

Plus brûlant est l’amour, plus ardente est la prière.

Plus parfait est l’amour, plus sainte est la vie.

Aucun de nous ne parvient à la plénitude de l’amour de la Mère de Dieu, et nous avons besoin du repentir d’Adam. Mais nous saisissons en partie cet amour, comme il nous est révélé dans l’Église par le Saint-Esprit.

 (Extrait de Starets Silouane, Editions Presence p. 333-335)