Dimanche des Rameaux

Mgr Georges Khodr
DIMANCHE DES RAMEAUX : AU SEUIL DE LA SEMAINE SAINTE

 

Nous avons commémoré, hier, le samedi de Lazare que Jésus a ressuscité d’entre les morts, en préfiguration de sa propre Résurrection le troisième jour. Ce qu’il y a de plus important dans l’évangile d’hier (Jean 11) est ce qu’a dit Marthe au Seigneur : « Si tu étais présent, mon frère ne serait pas mort » et Jésus de lui répondre : « Ton frère ressuscitera ».

 

Elle crut qu’il parlait de la résurrection au dernier jour, mais Jésus lui dit : « Je suis la Résurrection et la Vie »

. Comme s’il disait que la résurrection générale se produira sans aucun doute, mais ce qui est plus important est que de vivre en réalisant cette résurrection tous les jours au-dedans de vous-mêmes. Je suis votre résurrection et votre vie si vous croyez en moi. L’important est que vous adhériez à moi. Par ce dire le Seigneur nous fait comprendre que le christianisme est tout entier dans le fait de L’aimer. Elle n’est donc pas dans un livre. Il nous dit : Je suis le christianisme.

 

Le jour d’après, Jésus entra à Jérusalem, monté sur un ânon. L’ânon est la bête des pauvres. Le Christ inaugure Sa mort en prenant l’allure d’un humble conquérant, entrant dans le cœur des hommes. Il y est accueilli tout d’abord par les enfants. Il monte sur une bête pour « anéantir la bestialité des nations » (matines du dimanche des rameaux), et effacer ce qu’il y a d’animalité en l’homme.

 

Nous chantons le soir de ce jour ainsi que le lundi et le mardi suivants : « Voici venir l’Epoux à la minuit ». Il entre dans chaque âme plongée dans des ténèbres car Il en est la lumière. Chaque âme qui croit en Lui devient son épouse.

 

Nous sommes en plein dans le domaine de l’amour. C’est pourquoi nous psalmodions : « Ta chambre nuptiale toute ornée, je la contemple, ô mon Sauveur ». L’Eglise nous convie à un mariage au cours de la Semaine Sainte non point la « triste semaine »[1]. Car la passion du Sauveur nous donne la joie du salut. C’est pourquoi aussi nous nous rappelons les paroles de Jésus dans l’évangile selon Marc  adressées aux disciples et disant : « Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations… leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous » (Mc 10 : 42-43). L’humilité doit nous accompagner jusqu’au bout du chemin, donc jusqu’à la mort.

 

Nous ne savons pas exactement ce qu’a fait le Maître durant les premiers jours de son séjour à Jérusalem. Mais nous connaissons ce qu’Il a dit au Temple surtout ce qui touche au Jugement. Faites attention et prenez conscience que Ma Croix juge le monde. Ne tombez pas sous le jugement en vous associant à ceux qui me tueront. Débarrassez-vous de vos passions nuisibles afin que Je ne vous juge au dernier jour. Aimez Ma mort salvifique afin de ne pas mourir dans vos péchés.

 

Il se devait de mourir car l’amour mène à la mort, et qu’il Lui fallait descendre dans les entrailles de la mort, dans ses tréfonds par amour des défunts afin que nul ne meure dorénavant mais que nous vivions tous dans notre foi en Lui, notre amour de Lui et Lui seul. Alors nous serons tous délivrés de notre péché, de notre insouciance et de notre mort.

 

Nous sommes semblables à la foule qui crie aujourd’hui « Hosanna ! » et qui criera avec la même ardeur « Crucifie-le ! ».

 

Nous vivons sur terre tergiversant entre le Crucifié et le monde, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Belzebuth, entre le maître de la lumière et celui des ténèbres.

 

 Chacun d’entre nous est enfermé dans son angoisse, écartelé par ses problèmes, son milieu familial et son travail et par les douleurs de l’humanité. Nous percevons ces choses d’une manière différente. Pour certains elles sont énormes et elles sont moins importantes pour d’autres. Mais nous y sommes tous assujetties et essayons de nous débrouiller. Nous devons nous demander aujourd’hui ce que nous apporte Jésus dans la semaine qui vient. Qu’attendons-nous de Lui ? Voulons-nous qu’Il nous débarrasse de tous nos problèmes, et que nous devenions comme les anges sans corps et sans problèmes ? Qu’espérons-nous ?

 

Le Seigneur ne nous a pas promis de vivre dans un chemin parsemé de fleurs. Et l’Evangile ne nous fait pas entrevoir que les choses seront radiantes sur la terre. Nous nous devons d’essayer de faire changer ces choses tout en sachant qu’il y aura toujours beaucoup de souffrance et de labeur jusqu’au terme de la mort. Chacun d’entre nous ressentira cette souffrance en lui-même, dans son corps, son esprit et sa pensée.

 

Il s’agit de veiller à ce que le Christ trouve place au milieu de tout cela. Le christianisme ne nous fait pas vivre dans le rêve, et le Christ ne nous cache pas la réalité, mais Il l’affronte avec nous. Il nous dit que la souffrance va probablement demeurer, que le pauvre restera ainsi de longues années et que ceux qui nous oppriment continueront à le faire, mais Il nous affirme qu’Il supportera tout cela avec nous.

 

D’aucuns diront : que m’importe que le Christ soit avec moi ? En quoi cela apaisera mes douleurs ? La raison humaine ne nous donne pas de réponse, mais seulement l’expérience des saints qui ont cru et qui nous ont précédés. Leur expérience nous dit  que celui qui sait que le Christ l’accompagne a vaincu toutes choses. Il tombe malade et il accepte d’endurer. L’univers et les gens l’oppriment mais il préserve sa sérénité. Nous n’avons pas de preuves à donner. Mais c’est là la réalité de notre vie spirituelle. Celui qui connait vraiment que le Christ vit en lui et l’accompagne, atteint la paix.

 

Nous demandons à Dieu, durant nos assemblées de prière depuis la résurrection de Lazare jusqu’à la Résurrection du Seigneur, en passant par la Semaine Sainte, qu’Il fasse que le Christ nous apparaisse non seulement à travers des rites qui nous enchantent d’une joie qui risque de devenir païenne, mais à travers nos souffrances et nos épreuves.

 

Si nous allons de pied ferme sur la voie de vie que le Christ nous trace de la Croix au Tombeau vide, nous saurons qu’Il n’a pas été seulement au Golgotha ou dans le tombeau, mais aussi dans notre vie à travers nos douleurs. Alors seulement nous pourrons clamer que le Christ est Ressuscité. Seul celui qui réalise que le Christ accompagne sa vie et qu’Il l’a touché comme la femme hémorroïsse, peut dire : Christ est Ressuscité !

 

Monseigneur Georges KHODR

 

(Texte publié dans Paroles d’Evangiles et Couronne de la Nouvelle Année 2007- et traduit de l’arabe par Raymond Rizk)

 

 



[1] Comme appelée au Liban surtout au sein de la communauté Maronite.